« Je n’ai pas envie d’embêter Total ». Invité sur le plateau de BFMTV le 23 septembre dernier, le ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat, Serge Papin, s’est montré catégorique. Interrogé sur les marges record du géant pétrolier, il a fermement écarté l’hypothèse d’une taxation supplémentaire.
Préférant la conciliation à la contrainte, il s’en est justifié : « Ce que je souhaite, c’est que Total continue, pendant cette période de crise, à plafonner son prix à 2,25 euros pour le gazole et 1,99 euro pour le sans-plomb. Ça me va. » Le message de l’exécutif est clair : en plein choc énergétique, le groupe ferait déjà sa part pour préserver le pouvoir d’achat des automobilistes français.
Toutefois, à la lumière des résultats financiers de l’entreprise, la mansuétude du gouvernement soulève de sérieuses interrogations.
Une baisse du prix des carburants en trompe-l’œil
Ce mardi 3 novembre, le ministre s’est félicité d’une baisse des prix à la pompe, estimée entre dix et vingt centimes dans plusieurs milliers de stations-service. Pour la première fois, le gouvernement a en effet décidé de débloquer ses réserves stratégiques de gazole pour endiguer l’inflation. Concrètement, l’État va injecter sur le marché dix millions de barils, issus de ses stocks de sécurité, sur une période de trois mois. Ce carburant, acquis avant la crise, sera revendu en dessous des cours actuels. Les premiers effets sont là : le gazole est déjà passé de 2,38 euros le litre début novembre à 2,21 euros.

Toutefois, l’accalmie reste relative. Pour renouer avec les tarifs précédant la crise énergétique, l’effort ne devrait pas se chiffrer en dizaines de centimes. En un an, les prix des carburants en France sont passés de 1,7 à 2,38 euros le litre, soit une augmentation de près de 40 %. À cela s’ajoute une limite structurelle : les réserves dans lesquelles l’État a pioché ne sont pas inépuisables. Le dispositif d’urgence n’étant prévu que pour un trimestre, la question de la sortie de cette perfusion étatique reste entière.
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