« Responsable mais pas coupable » : prononcée par Georgina Dufoix lors de l’affaire du sang contaminé, la formule incarne une responsabilité politique volontiers revendiquée, mais rarement suivie d’une sanction pénale, financière ou professionnelle. Dans le privé, le contraste est brutal : le mandataire social répond personnellement de ses décisions, de ses fautes et de ses échecs. Il engage sa responsabilité civile et pénale, respecte la loi et assume les actes qu’il signe.
Il supporte ainsi une double exigence : se conformer à des normes toujours plus nombreuses et bâtir un modèle économique capable d’assurer la pérennité de l’entreprise. En politique, cette logique paraît s’inverser : même lorsque des décisions contestables engagent durablement la France et les Français, la sanction reste rare. La question n’est donc plus seulement de savoir qui décide, mais qui répond réellement des conséquences.
Des échecs reconnus, jamais assumés
Trois exemples récents donnent corps à ce décalage. Dans une vidéo diffusée sur Thinkerview[1], Bruno Le Maire reconnaît à plusieurs reprises des échecs dans l’exercice de ses fonctions publiques. Mais reconnaître sa responsabilité n’est pas en répondre : aucune sanction ne suit, alors que les conséquences de ces décisions se mesurent à l’échelle d’un pays. Les critiques formulées par Charles Alloncle sur la gestion de France Télévisions (financée à perte par l’impôt[2]), ou encore le mécanisme de l’ARENH[3] (qui a contraint EDF à vendre à perte) illustrent parfaitement cette dérive. Dans le privé, de telles pertes ou dettes exposeraient directement le dirigeant — la vente à perte étant, sauf exception, interdite — parfois jusqu’à la cessation d’activité. Dans le public, la responsabilité se dilue trop souvent jusqu’à ne produire aucune conséquence personnelle ou judiciaire.
La dette sans fin, l’irresponsabilité sans limite
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