Alors que le dérapage inattendu du déficit public pour l’année 2026 vient d’être acté et que Jean-Luc Mélenchon a relancé le débat explosif sur l’annulation de la dette, le gouvernement et les éditorialistes ressortent leur argument favori : la France vivrait au-dessus de ses moyens et serait au bord de la faillite. L’objectif de cette panique orchestrée ? Justifier de nouvelles purges dans nos services publics et nos acquis sociaux au nom du « sérieux budgétaire ». Pourtant, derrière le chiffre volontairement effrayant des 115 % du PIB et la comparaison absurde de l’État avec un ménage, se cache une gigantesque escroquerie intellectuelle. Retour sur un demi-siècle de choix néolibéraux pour comprendre comment l’arme de la dette a été forgée, et pourquoi notre situation actuelle n’est pas le fruit d’une trop grande générosité sociale, mais d’un système qui protège les plus riches et refuse d’investir dans notre avenir.
La dette publique est l’argument systématiquement invoqué dans le débat public pour justifier la réduction des dépenses publiques, la baisse du montant des pensions de retraite, des indemnités chômages et des prestations sociales… et plus généralement toute réforme impactant le portefeuille des citoyens à la baisse ou réduisant la qualité des services publics. Chaque revendication des citoyens se heurte immédiatement à cet argument parapluie des dirigeants politiques : « nous devons réduire les dépenses publiques car il faut rembourser la dette ». Il est temps d’en finir avec cette escroquerie intellectuelle qui vise à susciter un sentiment de peur chez les citoyens pour leur faire accepter ce qui est, et les faire renoncer aux changements auxquels ils aspirent.
La dette publique en chiffres
Il faut commencer par distinguer la dette et le déficit, deux notions que beaucoup « d’experts » autoproclamés confondent. Le déficit public s’obtient par la différence entre les dépenses de l’Etat (et de la sécurité sociale) sur une année et les recettes annuelles. L’Etat enregistre un déficit car il dépense chaque année plus qu’il ne reçoit. Par exemple, en 2025, les dépenses publiques ont représenté, au total, 1714,1 Mds d’euros et les recettes seulement 1561,6 Mds d’euros. La différence entre ces deux montants s’établit à 152,5 Mds d’euros. C’est le déficit public de l’année 2025, soit 5,1% du PIB.
Comme l’Etat ne collecte pas assez d’impôts pour financer ses dépenses, il doit s’endetter pour se financer. Depuis 1975, la France a toujours été en déficit, ce qui signifie concrètement que l’Etat ne rembourse pas sa dette grâce son budget propre mais en empruntant toujours davantage. Autrement dit, l’Etat rembourse les emprunts arrivant à échéance en contractant de nouveaux emprunts. On dit que l’Etat fait « rouler sa dette ». Si l’Etat était un ménage ou une entreprise, cette pratique s’assimilerait ni plus ni moins à de la cavalerie financière.
C’est pourquoi la dette publique est constituée par l’accumulation des déficits publics enregistrés chaque année. De fait, la dette publique n’a cessé d’augmenter au fil des années, passant de 14,5% du PIB en 1974 à 115,6 % en 2025.
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